Papillon blanc
On dit que lorsqu'une âme pure s'envole vers le ciel, on voit parfois un papillon blanc tournoyer et s'élever lentement... Je l'ai vu, je n'aurai jamais voulu le voir, mais je l'ai vu, c'était quelques jours après le départ de notre petit ange, il passait de fleur en fleur, s'approchait de nous, puis montait en tournant avant de redescendre, nous frôler, puis remonter, comme pour nous montrer un chemin, le, chemin. Je veux y croire, j'aime penser que c'est notre fils qui nous rend visite chaque fois qu'un papillon blanc passe près de nous. Partout où nous allons, il est là, il nous accompagne, comme s'il veillait sur nous, comme s'il voulait nous montrer les beautés d'un monde qui, sans lui, n'a plus aucun charme. Ce monde que nous voulions lui faire découvrir, nous avions tellement de choses à lui apprendre, tellement de bons moments à passer avec lui, mais comme un papillon, sa vie fut éphémère, volés les bons moments, volées les joies, volé notre bonheur, tout nous a été volé en une nuit.
Je me souviens de cette soirée, quelques années plus tôt, à l'occasion d'un concert de Pascal Obispo, "Tu es mon millésime, ma plus belle année, tout ce bonheur en prime, que tu m'as donné,...." Dans le tourbillon magique de cette chanson, une décision s'est imposée à moi comme une évidence: "Tu l'auras ton fils, on va avoir un bébé, je te le promet." J'avais tenu bon jusque là, pensant que ce n'était pas raisonnable, que j'étais trop vieux, que notre vie serait bouleversée, bref, un tas de raisons aussi mauvaises les unes que les autres. Mais ce soir là, ma décision était prise, et je ne l'ai jamais regrettée.
Il faisait beau, ce 24 juillet, nous avions rendez-vous à la maternité, la naissance était programmée car notre bébé se trouvait si bien dans le ventre de sa maman qu'il n'était pas pressé d'en sortir. La matinée fut longue, ... à 13h07, un petit crrrr, même pas un cri, non, simplement crrrr, et notre merveille nous apparaissait, sans pleur, déjà sage, je crois même qu'il souriait, bon ça, je n'en suis pas sur. Je l'ai suivi partout, on l'a pesé, mesuré, et la, il m'a même fait pipi dessus, vous imaginez, son premier pipi, pour moi, j'en étais bouleversé.
Puis on l'a ramené à sa maman qui devait commencer à s'impatienter. Il était beau, bien sur, je savais ce qu'était un beau bébé, puisque j'en avais déjà eu quatre, mais nous avions tellement de craintes, que j'étais surpris de le voir si beau. J'étais déjà dingue de lui, et ce n'était que le début.
C'était vraiment un sacré petit bonhomme! il était rayonnant de joie, partout où nous allions, les gens le regardaient avec admiration. Des gens qui avaient eux-mêmes de beaux enfants, s'arrêtaient pour nous dire: "qu'est-ce qu'il est beau !" Oh, vous pensez peut-être que j'exagère, alors c'est que vous ne l'avez pas connu. Vous n'avez jamais vu son sourire, vous n'avez jamais croisé son regard, vous n'en avez peut-être pas eu le temps.
Son regard... Il avait moins d'un mois quand pour la première fois, je fus troublé quand il plongea ses yeux dans les miens. Je n'avais jamais ressenti quelque chose d'aussi fort, c'était comme s'il me sondait, au plus profond de mes sentiments, je me suis senti tout-à-coup petit devant lui, c'était la première fois, et cela arriva souvent par la suite. Il jouait, il riait, et d'un seul coup, son regard devenait perçant, sérieux, grave, comme s'il avait quelque chose de très important à dire... On ne saura jamais, son secret à été bien gardé, mais lui, il savait c'est sur. Un jour qu'il regardait sa maman, elle en fut tellement troublée qu'elle lui demanda "pourquoi tu me regardes comme ça ? tu me fais peur..." C'était comme s'il voulait l'avertir, lui demander pardon du mal qu'elle allait avoir, il savait, c'est sur. C'était peu de temps avant...
Depuis, partout où nous allons, il est là, prés de nous, il est là,
le petit papillon blanc...
